Le courrier est posé sur la table de la cuisine depuis trois jours. Quelques lignes du médecin traitant, une formule un peu solennelle — « je vous adresse votre maman pour une évaluation gériatrique » — et, en face, vos questions à vous. C'est grave, docteur ? C'est long ? C'est cher ? Est-ce qu'on va lui faire passer des examens pénibles ?
Non, non, non et non. On vous explique tout.
Sommaire
Qu'est-ce qu'un bilan gériatrique ?
Un bilan gériatrique — les médecins disent aussi évaluation gériatrique standardisée (EGS) ou évaluation gérontologique — est un examen d'ensemble de la santé d'une personne âgée, mené par un gériatre. Trois noms pour une seule et même démarche.
La différence avec une consultation classique tient en un mot : la globalité. Le cardiologue regarde le cœur. Le neurologue, le cerveau. Le gériatre regarde la personne — sa mémoire, sa marche, son assiette, son moral, ses ordonnances, son logement, son entourage. Il cherche moins une maladie qu'un équilibre : celui, souvent précaire, qui permet à quelqu'un de 80 ans de continuer à vivre chez lui sans danger.
Son rôle ressemble à celui d'un chef d'orchestre. Le médecin traitant, les spécialistes et la famille voient chacun un morceau de la partition ; le gériatre fait la synthèse, hiérarchise les problèmes et propose un plan réaliste.
C'est aussi, et peut-être d'abord, un outil de prévention. Beaucoup de fragilités repérées lors d'un bilan se corrigent simplement : un somnifère mal toléré, une carence, des lunettes dépassées, une prothèse auditive jamais portée. Prises une à une, ce sont des broutilles. Cumulées, elles préparent la chute, l'hospitalisation en urgence, la dénutrition. Le bilan sert à les attraper avant.
Pour qui, et à quel moment ?
La règle générale : à partir de 75 ans, un avis gériatrique se justifie dès que quelque chose vacille. Parfois bien plus tôt.
Prenons une situation courante. Votre mère, 84 ans, vit seule à Saint-Priest-en-Jarez. Deux chutes cet hiver, « sans gravité ». Elle a maigri — « c'est normal à mon âge », balaie-t-elle. Son pilulier déborde : six médicaments par jour, prescrits par trois médecins différents qui ne se parlent pas. Rien de dramatique, pris isolément. C'est précisément ce cumul de petits signaux qui fait d'elle la candidate idéale au bilan gériatrique.
Les situations qui doivent y faire penser :
- des chutes répétées, ou une peur de tomber qui restreint les sorties ;
- une perte de poids involontaire ;
- des oublis qui se répètent, des questions posées en boucle ;
- une polymédication : 5 médicaments ou plus par jour ;
- des hospitalisations rapprochées ;
- un isolement qui s'installe ;
- un aidant familial à bout de forces.
Un seul de ces signaux suffit. Si vous hésitez encore, notre article sur les signes qui justifient de consulter un gériatre passe chaque situation en revue. Dans tous les cas, demandez une lettre d'adressage au médecin traitant : elle inscrit la démarche dans le parcours de soins, garantit le meilleur remboursement et donne au gériatre l'historique dont il a besoin pour travailler.
Les 8 dimensions évaluées, une par une
Concrètement, que se passe-t-il pendant l'évaluation ? Rien de douloureux, rien de piégeux. Des questions, quelques exercices, une balance, un brassard à tension. Et huit dimensions systématiquement passées en revue.
1. L'autonomie au quotidien
Le gériatre déroule deux échelles, ADL et IADL. Derrière les sigles, des questions très terre à terre : se lave-t-elle seule ? S'habille-t-elle ? Gère-t-elle encore son chéquier, ses médicaments, le téléphone, les transports ? Les réponses dessinent une carte précise de ce qui tient et de ce qui lâche — donc de l'endroit exact où placer l'aide, ni trop tôt ni trop tard.
2. La marche, l'équilibre et le risque de chute
L'appui unipodal, d'abord : tenir debout sur une jambe quelques secondes. L'exercice paraît anodin, presque enfantin. C'est pourtant l'un des meilleurs révélateurs du risque de chute. Le Timed Up and Go complète le tableau : se lever d'une chaise, marcher quelques mètres, faire demi-tour, se rasseoir, pendant que le gériatre chronomètre et observe comment le corps négocie chaque étape.
3. La nutrition
Le questionnaire MNA et la courbe de poids mettent des mots sur ce que la famille pressent sans oser le dire — le frigo presque vide, les repas sautés, la viande devenue « trop chère » ou « trop dure à mâcher ». La dénutrition avance masquée derrière la pudeur. La balance, elle, ne ment pas.
4. La mémoire et les fonctions cognitives
MMSE, test des 5 mots de Dubois, test de l'horloge : des épreuves courtes qui donnent une première photographie de la mémoire, de l'attention et du langage. Un score isolé ne signe jamais un diagnostic — il indique s'il faut approfondir en consultation mémoire. Nous détaillons chaque épreuve, côté patient, dans notre article consacré au bilan mémoire chez le gériatre.
5. L'humeur
L'échelle GDS explore le moral. Ce n'est pas une politesse de fin de consultation : chez la personne âgée, une dépression peut imiter presque trait pour trait un trouble de la mémoire. La repérer — et la traiter — change parfois toute la lecture du dossier.
6. La revue des traitements
Apportez le sac entier, boîtes et ordonnances comprises. Le gériatre reprend chaque ligne : ce médicament sert-il encore ? Interagit-il avec cet autre ? Explique-t-il les vertiges du matin ? Cette chasse à la iatrogénie — les effets indésirables des traitements eux-mêmes — est souvent la partie la plus rentable du bilan. Une ordonnance allégée fait parfois plus de bien qu'un médicament ajouté.
7. La vision et l'audition
Des lunettes d'il y a dix ans, un appareil auditif au fond d'un tiroir : un trouble sensoriel non corrigé fait chuter, isole, et brouille jusqu'aux tests de mémoire. Le gériatre vérifie, puis oriente au besoin vers l'ophtalmologiste ou l'ORL.
8. L'environnement social et familial
Qui passe la voir dans la semaine ? Qui fait les courses ? L'aidant dort-il encore ? Le logement cache-t-il une baignoire infranchissable, un escalier, des tapis qui glissent ? Cette dimension pèse autant que les sept autres : le meilleur plan de soins échoue si l'entourage s'effondre.
Toute la force du bilan tient à ce croisement. Une chute s'explique parfois par un somnifère, une dénutrition par une dépression, un « trouble de mémoire » par une surdité. Examinées séparément, ces pièces n'auraient rien dit.
Consultation ou hôpital de jour : les deux formats
Le même bilan peut se dérouler de deux façons, selon la complexité de la situation.
La consultation d'évaluation gériatrique dure de 30 à 60 minutes, au cabinet ou à l'hôpital. Quand la situation le demande, le gériatre la répartit sur 2 à 3 rendez-vous, pour ne pas épuiser le patient et creuser chaque dimension.
Le bilan en hôpital de jour concentre tout sur une journée, type 8h30-16h. Le patient passe de professionnel en professionnel — gériatre, neuropsychologue, infirmière, ergothérapeute, kinésithérapeute, diététicien, assistante sociale — et la journée se conclut par une synthèse transmise au médecin traitant, avec des propositions concrètes.
| Consultation d'évaluation | Bilan en hôpital de jour | |
|---|---|---|
| Durée | 30 à 60 minutes, parfois 2 à 3 rendez-vous | Une journée complète, type 8h30-16h |
| Ce qui est évalué | Les dimensions prioritaires ciblées par le gériatre | Les 8 dimensions, par une équipe pluridisciplinaire |
| Prise en charge | Base 31,50 € en secteur 1, remboursée à 70 % (parcours de soins) | 80 % Assurance Maladie, complément mutuelle |
| Pour qui | Situation simple ou question ciblée | Problèmes intriqués : chutes et mémoire, dénutrition et moral… |
Dans les deux cas, l'orientation se décide entre le médecin traitant et l'équipe de gériatrie. Et dans les deux cas, on repart avec la même chose : une synthèse, et un plan.
Combien ça coûte, et comment c'est remboursé
Parlons argent sans détour, parce que c'est une inquiétude fréquente — et qu'elle est infondée.
En consultation, chez un gériatre conventionné secteur 1, la base est de 31,50 €. L'Assurance Maladie en rembourse 70 % dès lors que vous êtes passé par le médecin traitant, et la mutuelle complète, comme pour n'importe quel spécialiste. Pour la plupart des familles, le reste à payer se compte en pièces jaunes.
En hôpital de jour, la journée complète — les sept professionnels, les tests, la synthèse — est prise en charge à 80 %, le solde relevant en général de la complémentaire santé.
Et si votre proche est reconnu en affection de longue durée, l'ALD 15 couvrant par exemple la maladie d'Alzheimer, tous les soins liés à cette affection sont remboursés à 100 %.
Le vrai « prix » du bilan, en réalité, c'est l'attente : de quelques semaines à quelques mois selon l'urgence signalée dans la lettre d'adressage. Raison de plus pour passer le coup de fil maintenant plutôt qu'à l'automne prochain.
Remboursements en un coup d'œil
Consultation secteur 1 : base 31,50 €, remboursée à 70 % dans le parcours de soins, complément mutuelle. Hôpital de jour : 80 % Assurance Maladie, solde couvert par la complémentaire. ALD (dont l'ALD 15 pour Alzheimer) : prise en charge à 100 % des soins liés. Dans tous les cas, la lettre d'adressage du médecin traitant sécurise le remboursement.
Où faire un bilan gériatrique dans la Loire ?
Le département est bien équipé, du sud au nord.
À Saint-Étienne, le CHU centralise ses consultations gériatriques à l'Hôpital de la Charité, en plein centre-ville, avec des consultations également à l'unité C4 de l'Hôpital Nord. La consultation d'évaluation gériatrique se prend au 04 77 12 73 56, sur adressage du médecin traitant.
Dans la vallée de l'Ondaine, l'hôpital Le Corbusier de Firminy dispose d'un centre d'évaluation gériatrique qui réalise le repérage de la fragilité sur une journée. Côté plaine du Forez, le CEBEG du Centre Hospitalier du Forez, sur le site de Feurs, propose lui aussi un bilan gériatrique en journée. Le volet mémoire, enfin, s'appuie sur des consultations de proximité à Saint-Chamond, Montbrison et Roanne.
Toutes les adresses, téléphones et modalités sont regroupés dans notre page sur le bilan gériatrique à Saint-Étienne et dans la Loire. Pour choisir la structure la plus proche de chez vous, notre guide des gériatres de la Loire et notre comparatif des pôles gériatriques du département vous feront gagner un temps précieux au téléphone.
Et après le bilan ?
Un bilan ne vaut que par ce qu'on en fait. Selon les conclusions, le gériatre propose un plan de soins et d'aides : demande d'APA après évaluation du GIR par le département, passage d'infirmiers ou d'aides à domicile, accueil de jour, kinésithérapie, adaptation du logement. Nous avons consacré un guide entier au décodage du compte rendu et aux démarches qui suivent.
Mais soyons honnêtes sur un point. Le bilan répond à la question médicale. Il ne répond pas à celle qui empêche les familles de dormir : où, et comment, votre proche vivra-t-il bien dans un an, dans trois ans ?
Depuis 2021, nous rencontrons des familles de la région qui sortent de ces consultations avec des réponses médicales claires — et la question de l'habitat, entière. C'est pour elles que Françoise et Didier ont fondé Un Autre Chez Soi, et c'est pour elles que nous ouvrons en décembre 2026 à Villars, à 10 minutes de Saint-Étienne, un habitat partagé Alzheimer : 8 résidents, une chambre privative, un jardin, des auxiliaires de vie 24h/24, pour environ 2 500 €/mois. Un bilan gériatrique récent est d'ailleurs le meilleur point de départ pour une décision d'habitat sereine : il dit précisément où en est votre proche. Pour en parler simplement, appelez-nous au 06 67 48 80 91.
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Ressources utiles
Deux ressources officielles pour prolonger vos démarches :
- pour-les-personnes-agees.gouv.fr — le portail officiel d'information pour les personnes âgées et leurs aidants (droits, aides, annuaires)
- annuairesante.ameli.fr — l'annuaire santé de l'Assurance Maladie pour trouver un gériatre conventionné
Questions fréquentes
Combien de temps dure un bilan gériatrique ?
En consultation, comptez 30 à 60 minutes, parfois réparties sur 2 à 3 rendez-vous lorsque la situation est complexe. En hôpital de jour, l'évaluation complète se déroule sur une journée, généralement de 8h30 à 16h, avec les différents professionnels de l'équipe pluridisciplinaire : gériatre, neuropsychologue, infirmière, ergothérapeute, kinésithérapeute, diététicien, assistante sociale.
Le bilan gériatrique est-il remboursé ?
Oui. En secteur 1, la consultation repose sur une base de 31,50 € remboursée à 70 % dans le parcours de soins, le complément relevant de la mutuelle. Le bilan en hôpital de jour est pris en charge à 80 % par l'Assurance Maladie. En cas d'ALD — par exemple l'ALD 15 pour la maladie d'Alzheimer —, la prise en charge des soins liés atteint 100 %.
Faut-il une lettre du médecin traitant pour un bilan gériatrique ?
Elle est fortement recommandée. La lettre d'adressage inscrit la démarche dans le parcours de soins, garantit le meilleur remboursement et transmet au gériatre les antécédents et les traitements en cours. En pratique, les consultations d'évaluation gériatrique hospitalières la demandent avant de fixer un rendez-vous.
Que se passe-t-il si le bilan révèle une perte d'autonomie ?
Le gériatre propose un plan de soins et d'aides : demande d'APA après évaluation du GIR par le département, aides à domicile, accueil de jour, adaptation du logement. C'est aussi le bon moment pour anticiper la question de l'habitat. Un Autre Chez Soi ouvre en décembre 2026 à Villars (Loire) un habitat partagé de 8 places, accompagné 24h/24, pour environ 2 500 €/mois.